Bang Bang Dance and Panda Bang

Publié le par Noëmie V

 

28 novembre 2011

Botanique de Bruxelles

 

Il avait le sourire entendu de ceux qui savent. Le sourire gentiment supérieur de celui qui a vu Gang Gang Dance à Primavera. Triple autorité marquée par le meilleur album de cette année, la line-up la plus cool du printemps et une histoire rocambolesque pour couronner l'addition. « Tout le monde est monté sur scène pour danser avec eux. C'était... Comment dire ? Oui, c'était peut-être un des meilleurs concerts de ma vie. » Depuis cette anecdote, toute mon existence n'a plus été qu'une longue suite de vérification des dates de Gang Gang Dance.

 

      Il y a des albums dont on ne se remet pas – le désert, une église. Il y a des incendies d'instruments – autodafé des martyrs. Il y a des fantômes qu'on serre dans ses bras – batteur maudit version Spinal Tap expé. Il y a des concerts concepts comme sortis tout droit de l'imagination farfelue des live-reporters. Il y a des romans vivants dont les personnages font, finalement, des tournées, pour payer leur casse-croute. Enfin, il y a Gang Gang DanGGD2ce, un peu de tout ça.

      Lizzi Bogatsos, prêtresse trash-mystique incarne à merveille cette attitude captivante de spirituel sérieux emprunt de ridicule. Au côté de Black Dice et Animal Collective, Gang Gang Dance a fait ses armes dans l'underground New-Yorkais des années 2000, scène fascinante pour peu qu'elle ait jamais existé. Ces musiciens GGD3ont opéré un saut de génie violent dans la nouvelle décennie avec Eye Contact, confirmant l'intuition de certains selon laquelle le groupe est peut-être un des plus brillants de sa génération. De l'introduction (un Glass Jar les oreilles écarquillées, un Adult Goth beau à en pleurer) à ses interludes, symbolisées de l'Infini, comme des ponts jetés d'un miracle à l'autre.

      Non, nous ne sommes pas sur un bateau en Russie au cours d'une éclipse, mais le Bota, ça va, ça à son lot d'exotisme. Le groupe se charge, lui, de l'ésotérisme. Tantôt électriques,GG2 tantôt transcendants, chacun des membres s'applique à recréer une expérience dans sa  particularité. Non contents de leur répertoire varié et dense, ils laissent la place à de nouvelles chansons et autres impros et solos, réinjectant dans leurs derniers morceaux, troublants de maîtrise, l'expérimentation qui les caractérisait à leurs débuts. Le figurant gourou répondant au nom de Baby qui a occupé la scène avec des pseudo-rituels n'était pas tout à fait nécessaire. Pas plus que les problèmes techniques passés presque inaperçus (une guitare parfois inaudible). Mais bon dieu, le métissage aventureux prend forme et nous transporte avant de nous séduire définitivement sur une fin junglesque et cathartique, qui aurait mérité un rappel.

 


 

      D'expérience, il est également question pour Panda Bear, mais sous un mode bien moins convaincant. Débat oblige : que doit-on attendre d'un artiste ? Du divertissement ? De dépasser les limites de la musique ? De sa musique ? Attends, et Noah est-il artiste ? Et puis pourquoi fait-on 100km pour voir un concert un lundi soir ? Pour sauter, pogoter et chanter ? Ou pour voir quelque chose de différent ? Et jusqu'à quel point ? Jusqu'au point de regarder deux types jouant vaguement avec des instruments (instruments?) pendant que la salle se vide ?

      Une chose est sure, le concert est une nécessité. Nécessité économique d'abord et ontologique ensuite. Dans une ère de vitesse musicale et existentielle, le concert est le dernier moment où on écoute et où on sort de soi-même. Le concert est cette gigantesque messe, tantôt populaire, tantôt érudite, qui contraint chacun, durant une heure à faire abstraction du rythme de son existence pour se réconcilier avec une temporalité plus immédiate. De procrastination il est question, certes, puisqu'en musique on est toujours dans le souvenir ou dans l'attente et qu'un concert c'est autant la spontanéité qu'un plaisir révélé deux jours plus tard : « merde, c'était génial ! » Mais c'est une messe, et elle n'a pas lieu dans le métro ou au bureau. L'industrie de la culture n'a plus qu'à ouvrir la caisse et les abrutis à guitare à perpétuer les pseudo-happenings.

      Maintenant, Panda Bear a fait une introduction virtuose et un rappel non réclamé néanmoins excellent. Mais le reste nous laisse songeur de déconstruction. Il n'y a pas de chanson, il y a deux mecs compliqués Panda Bear (le non-fils d'Annie Lennox, bâtard d'Animal Collective, toi-même tu sais) et Sonic Boom (Peter Kember, soit le mec de Spiritualized, et de Spacemen 3, toi-même tu sais) qui essayent de brûler leur Curriculum Vitae à coup de complications rythmiques, silences obstinés et pulls Emmaüs. Qui es-tu vraiment, Tomboy ?

 

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Publié dans Live Report

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