Interview de 50 Miles From Vancouver aux Transmusicales 2011

Publié le par Noëmie V

"Radicalité et honnêteté, c'est les mots clés de notre constellation de groupes à Rennes."

50 Miles From Vancouver

2011-12-03

Transmusicales 2011

 

 

 

Avant même que l’entretien ne commence, Max et Xavier (en interview la veille pour Splash Wave) font l'énumération des interviews qu'ils viennent de faire : « Elle avait même pas vu le concert ! » et Max de se tourner vers moi « Bon, t'as intérêt à ne pas nous demander d'où vient le nom du groupe !! »

 

Euh non c'est pas prévu … Mais euh … Alors, ce concert ?

Tous les deux : On est contents !

Xavier : On a eu des bons retours. On forme une grosse bande de musiciens dont on est les plus jeunes en terme d'âge de groupe et même techniquement on est moins forts. Pour avoir un avis, on se tourne en priorité vers cette bande, les gens qu'on connaît savent lire notre musique. C'est un peu fatigant quand les gens nous disent « la voix n'est pas assez forte ! » Si t'as pas compris ça, t'as pas compris le pitch du groupe !

 

GB : Ca me semblait hyper maitrisé …

Xavier : On a construit le set de cette manière et puis on joue dans des supers conditions.

Max : L'Ubu, 'est une salle qui met vachement en confiance.

Xavier : Au parc expo, les groupes ont moins le temps pour les balances.

Max : Et le bassiste est à 15m !

Xavier : Toute cette scène rennaise bénéficie d'une super vitrine aux Trans' !

 

GB : Ah ! Donc vous vous identifiez comme rennais ?

Max : Disons qu'il y a une ébullition à Rennes, on s'est tous rencontrés ici et on répète ici mais à la base, Florent et moi, les fondateurs du groupe, on est de Brest. Les morceaux de démos, comme celui que tu entends sur la compil', ont été enregistrés dans la profonde campagne finistérienne ! Je ne voudrais pas créer des clivages mais Rennes c'est mieux pour la musique qu'on fait … On n'est pas des bruts … Ca reste de la pop et cette musique ne conviendrait pas au public brestois …

Xavier : Qui est assez punk rock ! Disons que l'UBU choisit d'accompagner plusieurs groupes alors que la Carène n'en accompagne qu'un [I'm Takt cette année, ndlr]. D'un côté ils sont très suivis mais de l'autre côté, pour nous il y a une certaine émulation. Juveniles est une sorte de locomotive.

 

GB : Bon, entre tous ces noms de groupes, mettons les choses au clair : Xavier est dans Splash Wave, le bassiste est dans les Spadassins, qui fait quoi au niveau des compos ?

Xavier : Les deux compositeurs principaux sont les guitaristes. Ils sont à la base du groupe et n'ont pas d'autres projets … Enfin si Eva Brown Sugar ?

Max : Euh oui et Los Navajos. Mais bon, tout ça c'est une autre histoire. Je dirais qu'il y a deux sphères : compositeurs et arrangeurs. Je crois que le vrai compositeur c'est Florent, ça s'explique pas trop, il a le truc, c'est comme ça : ça part ! Il donne ce matériau là et après chacun apporte son truc. Moi, j'aime jouer sur les timbres, les ponts, les refrains, les couplets … Xavier en tant que batteur et Pierre-Marie en tant que bassiste enrichissent la base que Florent nous a donné. Sur les douze chansons qu'on a là, six ont été écrites lorsqu'on était à deux et les autres avec la formation à quatre.

 

GB : Quel regard portez vous les uns sur les autres ?

Max : Ce sont des choses radicalement différentes !

Xavier : Et puis moi je joue encore dans un autre groupe avec Pierre-Marie, Sudden Death of Stars. Ca fait une large constellation : de la synth-pop électronique de Splash Wave jusqu'à la soul des Spadassins en passant par le rock psyché de Sudden Death of Stars.

Max : Ca fait penser à la carte des styles qu'il y a au parc expo ! (rires) Moi, j'ai tendance à croire que ce qu'eux tous font dans leur style est plus abouti que nous, que Splash Wave fait de la meilleure synth-pop que nous du shoegaze. Mais dans leur style, ce sont les Spadassins qui sont les meilleurs. Enfin, on commence à maîtriser notre répertoire. On invente absolument rien mais j'ai senti en discutant avec quelques personnes à la sortie du concert, qu'elles étaient contentes de voir un projet référencé mais à un répertoire pas si courant. J'ai entendu quelqu'un dire qu'il savait quel label il nous faudrait ! Bon ok, il y aura toujours des gens pour dire « oh la la ! Les guitares, toutes ces reverb', on n'entend pas la voix ! ».

Xavier : C'est marrant de voir que les fondateurs de Spadassins et de Splah Wave, Antoine et Cyril, sont les deux extrêmes de cette constellation mais ils ont exactement la même vision de la manière de faire de la musique : absence totale de compromission. Comme quoi on peut faire des trucs opposés et se rejoindre sur la vision de la musique. Radicalité et honnêteté, c'est les mots clés de notre constellation de groupes à Rennes.

Max: Ce sont vraiment des notions qui varient … Par exemple, la question du kitsch est hyper importante : est-ce qu'on ne va pas penser qu'un truc des années 60 c'est classe, grâce au travail qui a été fait au travers du garage. Même les années 80, c'est entrain de changer : il y a quelques années les synthés étaient bannis maintenant ils se vendent de plus en plus chers !

Xavier : La pop occidentale est un jeu continuel de références qui fonctionnent par cycles !

Max : De toute façon, on n'en est plus là à se défendre de références ...

 

GB : C'est étonnant de voir à quel point vous êtes lucides sur votre musique mais aussi toutes les envies que vous pouvez avoir. On est une génération qui ne se cantonne plus à un style mais écoute plein de trucs différents.

Xavier : Mais oui ! Quelqu'un nous a demandé tout à l'heure si tous ces projets, ça n'était pas un peu dangereux. Mais le contraire ne nous intéresse pas ! Nous on fait de la musique entre amis. C'est pas un plan de carrière pour signer un contrat pour un spot de publicité ! On est hyper lucides mais ça nous empêche pas d'avoir des divergences.

Max : Parce que ton rapport avec la musique c'est la fréquence avec laquelle tu joues mais aussi ton éducation, ton intérêt pour le monde du spectacle. Il faut qu'il y ait des gens pour les compositions et d'autres pour la gestion.

Xavier : La musique est faite pour être diffusée mais ça fait pas de nous des lèches-bottes.

 

GB : Vous décrivez votre musique comme « mélancolique », je vois rien de mélancolique dans tout ça, ni d'ailleurs dans votre façon de jouer …

Xavier : Ah si ! Florent, on dirait qu'il lui manque toujours un cœur à aimer, un endroit où aller … Je crois que c'est plutôt une envie d'être mélancolique. Un peu comme le slogan de Melankolic [label formé par un des membres de Massive Attack, désormais fermé, ndlr.] : Glad to be sad ! On est content de la mélancolie du dimanche.

Max : Peut-être qu'après, en concert, l'énergie prime ! De toute façon, pour nous, c'est une fierté : l'accord mineur qui va arriver en contre-point pour dire « je suis un peu triste ! » J'aime bien la musique menaçante. C'est assez dur à faire, sans être ringard. Je pense au BRMC, les Warlocks, les Horrors, sans tomber dans le truc de branleurs … Mais tu sais les groupes qui ne sont pas naïfs et s'imposent « On n'est pas la pour déconner ! »

 

Effectivement, ils n'étaient pas là pour déconner et leur concert à l'UBU l'a plutôt bien prouvé. Le groupe, qui se dit pourtant relativement « récent », a déjà tout de la formation mature. Du moins les airs et même les compos. A surveiller de près, si vous aimez la pop et les guitares !

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