Interview de Group Rhoda aux Transmusicales 2011

Publié le par Gigster Bang

"There is something very charming about watching solo acts."

Group Rhoda

2011-12-01

Transmusicales 2011

 

 

     Il est 18h30 et les trans' commencent ... ou presque. Group Rhoda - en réalité, projet solo de Mara - ouvre la cité. Elle se déchausse timidement et superpose pendant quarante minutes les quelques morceaux que l'on a deviné sur son site internet. Timidement, certes mais l'entreprise est courageuse et le public chaleureux. On oublie très vite la voix chancelante, les quelques erreurs techniques et les sourcils froncés de Mara pour entrer dans son univers électronique mais poétique. Avant le show, Mara prenait le temps de répondre à quelques questions.

 

1. Group Rhoda 2

 

GigsterBang : J'imagine qu'on te pose régulièrement des questions au sujet du nom du projet : Group Rhoda, alors que tu es la seule personne à y jouer. Est-ce que c'est une vision un peu schizophrène de la musique ?

Group Rhoda : Je n'y avais vraiment pensé mais on peut effectivement le voir comme ça. Je crois que c'est difficile de se présenter comme un projet solo et je brouille un peu les pistes avec ce nom … Les techniciens du son s'attendent à voir un groupe débarquer et moi j'arrive toute seule, genre « Salut, Group Rhoda, c'est moi ! » Je suis une surprise. Le nom est venu de nulle part et j'ai décidé de le garder dans cette idée.

 

GB : Et si tu restes toute seule, est-ce par volonté ou parce que tu n'as trouvé personne qui correspondait à ta vision du projet ?

GR : Il y a quelques personnes avec qui je voudrais jouer. Quand j'ai commencé, je jouais avec un ami qui jouait de la guitare et qui est à New York maintenant. Mais j'aime être toute seule maintenant le projet a réellement son intérêt en tant que projet solo. Au départ c'était un peu décourageant parce que beaucoup de gens qui m'entouraient me conseillaient gentiment de m'entourer sur scène pour me rendre les choses plus faciles mais pour moi cela signifiait simplement que je devais m'entrainer plus. Certes, j'aimerais faire des collaborations, d'autres projets mais celui-ci restera le mien.

 

GB : Comment traduis-tu cela sur scène ?

GR : Je m'améliore ! Je suis arrivée à un point où je connais vraiment mon matériel, j'arrive à écouter ce que je fais, à visualiser mon son en fermant les yeux. Je dois encore m'entrainer mais j'ai beaucoup évolué ces dernières années. Auparavant, lorsque ça se passait mal, c'était un peu stressant parce que mes mains étaient occupées, je chantais et je ne pouvais rien faire d'autre que tout arrêter … ce qui est mauvais ! C'est un peu comme être en pleine accélération sur l’autoroute et ne plus rien contrôler. La différence c'est que maintenant j'arrive très vite à analyser les problèmes et donc les résoudre. Je crois qu'il y a quelque chose de très séduisant dans les projets solos. Je me souviens avoir vu des shows d'électro ou même de rock qui m'ont beaucoup inspiré en ce sens parce qu'il n'y avait aucun compromis. Bien sur, il y a des limites mais à plusieurs ce serait différent. Certains projets solos utilisent des samples mais pas moi ! Tout, exceptées les séquences de batteries qui sont déjà enregistrées, est joué live : c'est ça qui est dur.

 

GB : Tu n'as personne sur qui compter...

GR : Non ! Mais je crois que c'est important et que je veux garder ça comme position politique. Notamment par rapport à la question du genre. Il y a quelques actes féminins mais il y a toujours une production, un partenaire, un soutien masculin. Je veux me lancer le défi d'être tout ça à moi toute seule.

 

GB : Ton projet vient de San Francisco, est-ce que tu t'identifies à la tradition psychédélique ?

GR : Plus ou moins. Bon ok, certaines paroles sont vraiment ridicules et puis toutes ces guitares … Je pourrais vivre sans guitare, vraiment ! Mais j'adore les chanteuses et je suis très influencée par le Jefferson Airplane. Toutes ces chanteuses sombres qui n'ont pas été tout de suite « sexualisées ».

 

GB : La figure féminine semble importante dans ton rapport à la musique ?

GR : Mhh … Les deux. J'ai commencé à écrire des chansons en m'identifiant au rôle de l'homme. Tellement de femmes n'osent pas se lancer dans des projets aventureux parce qu'elles sont intimidées et j'aimerais au contraire faire figure d'exemple.

 

GB : Back to San Francisco, as-tu la sensation qu'il y a une scène dans cette ville et pourrais-tu dire que tu t'y identifies ?

GR : Il y a une scène assez forte même si elle ne se manifeste pas de la même façon que celles de New York ou Los Angeles où les gens s'installent pour devenir célèbres. A San Francisco, il y a des gens qui travaillent très dur et développent parallèlement des projets musicaux. En ce sens nous avons réellement une scène « underground ». Je connais des gens qui ont des projets absolument géniaux mais ils s'en foutent de … je crois qu'ils les mènent avant tout pour eux. Je vois de grands performers mais qui ne sont pas connus internationalement. Je pense à Bronze [A ne pas confondre avec Bronze de Brooklyn, Mara fait ici référence au projet de Rob Spector, ndlr]même si ils vont sortir un disque l'année prochaine. J'ai travaillé avec le batteur de Bronze qui m'a aidé à mixer quelques uns de mes morceaux. Enfin, je dirais qu'il y a une scène expérimentale assez puissante et je suis très fière de cette communauté.

 

GB : Comment ressens-tu ta tournée en Europe ?

GR : Je suis très impatiente de jouer dans des villes, simplement des bars et me confronter avec des scènes locales. J'ai le sentiment qu'un festival est une entité construite de toute pièce qui ne traduit pas vraiment une réalité locale. Je vais jouer avec Peaking Lights à Londres... C'est marrant, j'ai joué avec eux une première fois et ça a vraiment foiré. Ils se sont montrés très encourageants et ils m'ont dit de persévérer. Et leur musique est magnifique donc je pense que les gens qui viendront seront cools.

 

GB : Où peut-on trouver ta musique ?

GR : Pour l'instant seulement sur mon site et soundcloud. J'espère sortir des choses en 2012. Je vais rassembler des morceaux, en produire de nouveaux et probablement les sortir sous un EP. J'ai terminé la production d'une dizaine de chansons et il me reste environ huit chansons que je vais enregistrer en janvier. Quelques petits labels se sont montrés intéressés, j'attends un peu mais quelque chose va arriver ! Et alors il y aura des chansons. Je sais que le projet est un peu invisible mais ce n'est pas fait exprès, c'est simplement un peu lent et je voudrais que les choses soient parfaites.

 

A suivre donc !

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